#02 L'espace entre

#02 The Space Between

Il y a une sorte de conversation particulière qui ne se produit que lorsqu'on est face à face.
C'est un moment où ce n'est pas pour faire défiler l'écran du portable, mais pour montrer le tissu auquelle on s'intéresse depuis longtemps. Aussi c'est une scène où une question posée sans y prêter attention au sujet de l'approvisionnement débouche sur une discussion d'une heure autour de la fermeture des usines de tissage dans les régions rurales du Japon. C'est aussi une situation où l'on se rend compte que le détaillant de Nagoya et le fabricant de Kojima tentaient de résoudre le même problème, chacun depuis une position diamétralement opposée.

Ce genre de conversation n'a jamais lieu sur Instagram, voire même par mail. Pour que cette sorte de conversation puisse se produire, il faut une proximité physique, du temps, ainsi qu'une relation de confiance qui ne s'établit qu'en étant assis face à l'autre, sans avoir rien à vendre ni aucune autre affaire à régler. 

C'est pourquoi ENSiDER existe comme un espace phisique à Osaka.

Nous avons ouvert nos portes parce que le secteur de la mode était devenu trop efficace dans la diffusion de ses messages et trop peu doué pour créer du lien. Aussi les marques ont les site internets bien construits. Les détaillants ont les belles boutiques.

Tout le monde a les réseaux sociaux, mais eux, comment se rencontrent-ils réellement ? Les salons professionnels offerent des affaires, mais pas des relations. Les plateformes numériques offrent une large portée, mais pas de profondeur. Les infrastructures nécessaires à la vente existent partout. Celles qui permettent de se comprendre existent à peine.

Notre espace est délibérément designé minimal ; quelques chaise, une table, des étagères remplies de magazines et d'ouvrages de référence, ainsi que des échantillons des fabricants que nous mettons en avant. Il n'y a pas de comptoir de vente parce que nous n'y sommes pas pour ne rien vous vendre. Il n'y a pas de systeme du rendez-vous, car nous ne voulons pas restreindre l'accès. La porte est ouverte. Le thé est tenu chaud. Passez quand vous en avez besoin.

Ce qui se passe ici est plus difficile à qualifier que la fréquentation ou les taux de conversion.  Un proprietaire d'une fabrication à Okayama s'y est arrété pour se plaindre de la manque de main-œuvre, mais il est repart avec les coordonnées de trois jeunes apprentis. A Tokyo, l'acheteur découvert une usine de tissu denim dont il n'avait jamais entendu parler, grâce à une conversation décontractéé avec un autre détaillant. Un artisan inquiet à l'idée de nouer sa première relation commerciale en gros bénéficie des conseils sincères d'une personne qui a déjà été des deux côtés de la table. Un fondateur d'ue boutique américaine venu pour la première fois au Japon a trouvé des gens capables de lui expliquer réellement le contexte, au lieu de se contenter de lui vendre des produits.

Ces échanges ne donnent pas nécessairement lieu à des retombées immédiates. Elles ne sont pas de contenu et elles ne sont pas reproductibles à grande échelle. La confiance mène à la collaboration. La collaboration permet de créer de meilleurs produits. Les meilleurs produits attirent les clients qui comprend ce qu'ils achetent. Tout le monde y gagne, mais seulement si quelqu'un met en place les conditions nécessaires pour que cela commence.

C'est ce que l'espace est : un état d'esprit. Un espace délibérément soustrait au monde des affaires, où
les professionnels du secteur peuvent se retrouver sans avoir à jouer un rôle, sans prendre de poses, sans subir la pression de conclure des affaires. L'espace où les détaillants peuvent reconnaître ce qu'ils ne comprennet pas, où l'artisant peux partager ce qui ne marche pas et où la conversation, qui se produit en marge comme après le salon professionnel, à l'extérieur du salon ou du showroom et à l'écart du stand, peut avoir lieu.Osaka, ne resemblant pas Tokyo, comprend toujours l'importance de l'échange décontracté. Cette ville vit au rythme de la construction véritable des relations. Ici, on se serre la main avant de vérifier les références. On partage un repas avant d’aborder les affaires. On compte la lente construction du contexte.

ENSiDER est né à la base de ce principe. Nous ne dérangeons rien. Nous n'innovons pas. Nous faisons simplement de la place à ce qui a toujours fonctionné : les gens, parler franchement, construire quelque chose de mieux.

Cet espace est petit. Le concept est simple. La porte est ouverte.

Passez nous découvirir à Osaka.