Deux ans passées depuis la lancement de sa marque étaient pour Hidehiro Nishijima à la fois longues et incroyablement courtes. Sa marque, Prequel, ainsi que sa marque de tissus associée Foley, marquent une rupture avec sa carrière de plus de dix ans dans la vente de jeans - un saut qu'il n'avait jamais vraiment prévu de faire.
"Je n'avais aucune. intention de lancer ma propre marque", admet-il, en réfléssisant au parcours sinueux qui l’a mené jusqu’ici. Il n’y avait ni formation en design, ni plan d’ensemble. Juste un catalogue d’échantillons de tissus centenaire qui a fait naître une étincelle.

La réalité de l’indépendance s’est avérée impitoyable. Les finances sont serrées. Le timing est délicat. Chaque
décision, du choix des tissus aux calendriers de production, repose entièrement sur ses épaules.
"C’est stressant", dit-il sans détour, sans dramatiser. Le secteur de la mode japonais n’offre pas beaucoup de marge de manœuvre aux marques émergentes : les boutiques peuvent se montrer capricieuses, exigeantes, voire parfois dédaigneuses. Mais il est intéressant de noter qu’il a trouvé un public plus réceptif à l’étranger, notamment en Europe, où les clients semblent apprécier ses vêtements pour ce qu’ils sont. Ils ne se soucient ni du battage médiatique ni de savoir qui porte quoi. Ils voient le savoir-faire, la qualité, l’histoire tissée dans le tissu lui-même. »
Les noms de marque — Prequel et Foley — viennnet de son intérét au cinéma et aux musiques tandis qu'il n’est pas un fan inconditionnel. Il ne perisite pasd dans les noms des réalisateurs ni ne récite des discographies entières. Pourtant, ces univers l’inspirent bel et bien, influençant la manière dont il conçoit ses vêtements comme des outils narratifs, comme des paysages sonores rendus tangibles par le tissu. La plupart de sa collection consiste de pièces vintage européennes qu’il a collectionnées il y a des années, à l’époque qu’il décrit comme l’âge d’or du shopping vintage japonais, lorsque les prix étaient raisonnables et les trouvailles nombreuses.
Aujourd’hui, ironiquement, il se retrouve à devoir se retenir. Il a plus d’idées de création qu’il ne peut en réaliser, plus de vêtements qu’il aimerait confectionner que le marché ne peut en absorber. Il n’y a aucune pression pour produire en série de nouveaux modèles à chaque saison : son travail existe en dehors de ce cycle implacable. Au contraire, le défi réside dans la retenue, la patience et cette inquiétude silencieuse qui consiste à se demander si tout cela va fonctionner. Mais il continue d’avancer, un échantillon de tissu à la fois.